dimanche 1 octobre 2017

Lettre à ma gynéco, ou il n'y a pas que les violences qui peuvent faire mal

Lettre à ma gynéco
Coucou,
Non, ne cherche pas, tu ne te souviens sûrement pas de moi. On s’est vues en rendez-vous trois fois il y a trois ans, tu as dû voir quelques centaines d’autres patientes depuis. Ah, et puis tu as sorti mon bébé de mon ventre, aussi. C’est quelque chose que tu fais tous les jours.
Comme tu l’imagines, moi, on ne me sort pas un bébé du ventre tous les jours. Ça fait déjà une sacrée différence entre nous.

J’imagine que tu as remarqué que depuis quelques mois, ta profession est pas mal malmenée. Partout, on trouve des récits atroces sur les violences gynécologiques et obstétricales : des césariennes sans péridurale, des remarques ignobles, des épisiotomies sanglantes, du mépris, de l’incompréhension…
Je t’imagine lisant tout cela, et je me demande ce que tu penses. Tu es choquée, sûrement, tu te dis que ni toi ni personne que tu connais ne s’est jamais comporté comme ça. Que tu veux bien croire les témoignages, mais qu’il ne faut quand même pas en faire une généralité. Il y a des fous et des incompétents dans toutes les professions, c’est vraiment injuste de te mettre dans le même sac que ceux-là, avec tout le boulot que tu abats.

Je pourrais commencer par te raconter que moi, je n’ai jamais rien vécu d’aussi violent. Mais que j’ai quand même croisé des gynécos un peu spéciaux. Il y a le premier que j’ai vu, à 18 ans, pour avoir la pilule. Qui m’a dit : « Je pourrais vous donner une pilule remboursée, mais ça fait grossir, et bon, vous n’avez peut-être pas besoin de ça. »
Rien de grave, tu vois. Mais pas très agréable ni rassurant.
Quelques années plus tard, vers 25 ans, il y a eu celui, pas de première jeunesse, qui m’a tutoyée d’emblée, et qui au moment de remplir sa fiche, m’a lancé « Bon, vous n’avez pas de relations sexuelles, j’imagine ? » J’en suis un peu restée bouche bée. Je ne m’imaginais pas à ce point repoussante, pour tout t’avouer.

Pas très malin tout ça, mais pas de quoi fouetter un chat, tu me diras. Tu te demandes où je veux en venir. Toi, t’as bien fait ton boulot, après tout.

Et c’est vrai, je n’ai subi aucune violence de ta part. Et pourtant… J’aimerais tellement pouvoir te faire comprendre combien ton attitude peut mettre mal à l’aise, peut blesser. Qu’il suffirait de pas grand-chose, à commencer par l’écoute.

Quand je suis venue te voir, j’étais enceinte de ma troisième fille. Je t’ai expliqué, l’air de rien, que les deux premières étaient nées par césarienne. J’ai murmuré, bizarrement timide, que je ne vivais pas ça très bien. Que je me demandais si, pour cette fois, on ne pourrait pas essayer… tu m’as coupée : après deux césariennes, c’est césarienne, il n’y a pas à réfléchir.
Je savais que les AVAC existaient, et même les AVA2C. Je me suis demandé si tu le savais, si tu trouvais ça juste absurde, si tu pensais que ce n’était pas la peine de m’expliquer pourquoi c’était une mauvaise idée, que je ne comprendrais pas.
Je n’ai pas réussi à te poser les questions que j’avais en tête. Depuis 9 ans, je rêve de vous demander, à toi et à tes collègues, pourquoi mes bébés ne descendent pas dans mon bassin le dernier mois. Pourquoi je n’ai aucune contraction. Ce qui se serait vraiment passé si on avait attendu, pour chacune de mes grossesses, au-delà du terme. Si on était vraiment en danger. Ce qu’il se passerait vraiment, si on essayait de me faire accoucher. Ce que je risquais, ce que le bébé risquait, à quel pourcentage. Les trois fois (une fois d’urgence, deux fois programmées), on m’a juste dit qu’il fallait le faire, que c’était comme ça. J’aurais juste aimé comprendre.
Toi, des accouchements, tu en fais, tu en as vécu ou en vivra peut-être. Moi, je n’ai pas d’autre occasion.
J’ai essayé, parfois, d’expliquer que c’était difficile à vivre, que j’avais l’impression d’être une femme un peu ratée, qui n’arrive pas à faire naître ses enfants. Que c’était dur de ne pas avoir accouché. Mais ni toi, ni les autres n’ont entendu.

J’ai quand même réussi à te parler de mon autre préoccupation. D’une petite voix qui ne m’est pas habituelle, je t’ai dit qu’après ce bébé-là, plus tard, j’aimerais bien en avoir d’autres. Que je me demandais si c’était possible. Parce que, vous savez, ma tante dit que… Tu as souri, tu as dit : « Un quatrième ?!? Au troisième, généralement, on en profite plutôt pour faire la ligature des trompes au passage. »

Puis tu m’as dit que ça dépendait de l’état de la cicatrice, que tu pourrais me le dire après.

Tu m’as quand même dit de ne pas m’inquiéter, que contrairement à ce que j’avais vécu pour ma deuxième fille, mon bébé resterait avec moi tout le temps, qu’elle serait sur moi en salle de réveil. J’étais rassurée, un peu. Je me convainquais que malgré la césarienne, ce serait un joli moment.

Le jour venu, je me suis retrouvée allongée, les bras attachés en croix, comme d’habitude, les yeux au plafond. Pourtant, j’ai lu que ce n’était pas obligatoire. Tu me dis vaguement bonjour, tu es concentrée. Piqûre, découpage, sortie du bébé. Je connais bien ces sensations maintenant. J’essaie de repérer le moment où ton scalpel entame la peau, le moment où tu sors le bébé, mais je ne sais rien, et tu ne dis rien.
L’infirmière attrape mon amoureux, l’emmène comme prévu dans la petite salle juste à côté pour nettoyer ma fille. Il me l’amène, puis il m’explique qu’il y a eu un problème : il y avait beaucoup de liquide, elle a mis du temps à sortir, elle en a respiré. C’est pas grave, mais elle doit partir en néonat pour qu’on l’aide à respirer et à vider ses poumons.
Je ne l’aurai pas avec moi en salle de réveil. Je ne serai pas là quand ses sœurs la verront pour la première fois.
Pendant ce temps-là, tu me recouds, puis tu t’en vas. Je ne sais plus si tu m’as dit au revoir, mais je sais que c’est la dernière fois de ma vie que je t’ai vue. Tu ne m’as pas expliqué ce qui s’était passé. Je me demande si c’est de ta faute, si tu as mis trop de temps à la sortir.  Tu savais bien que ce n’était pas très grave, qu’elle sortirait de néonat moins de vingt-quatre heures plus tard. Tu as sûrement assisté à des naissances bien plus dramatiques, celle-ci ne t’a pas inquiétée. Le plus important, c’est que l’enfant aille bien, non ? Le reste, ça passera…
Evidemment, ce dont on avait parlé, savoir si je pourrais avoir une quatrième grossesse un jour, ça ne t’a même plus effleurée. Je ne pense pas que tu t’en souvenais. Tu as des fiches, pourtant.

J’ai donc passé deux heures en salle de réveil, à 8 de tension, ayant envie de vomir à chaque respiration, seule, parcourue de tremblements.

J’ai vu ma fille 10 minutes en 24 heures. Ensuite, on lui a enlevé ses tuyaux, et on l’a laissée près de moi. Comme tous les bébés.

Alors oui, je vais bien, elle va bien. Il y a des naissances tellement plus dures, des souvenirs tellement plus douloureux, je peux m’estimer heureuse. Tu ne m’as pas maltraité, tu ne t’es pas rendue coupable de maltraitances gynécologiques, rassure-toi.

Mais tu ne m’as jamais écoutée.

Avant de te laisser, une chose : ce qui m’a aidée, pendant ces quelques jours, ce n’est pas la pensée des 15 minutes pendant lesquelles tu m’as ouverte puis refermée, ce n’est pas non plus la psy de la clinique qui m’a écoutée pleurer pendant une demi-heure en hochant la tête. C’est les infirmières et les puéricultrices, qui ne m’ont pas quitté, qui ont répondu à mes questions, qui ont bavardé avec moi. C’est le souvenir de l’aide-soignante qui m’avait accueillie, le matin avant la naissance, qui avait rempli mes papiers et préparé ma chambre. Lorsque j’étais en salle de réveil, elle était revenue me voir. Elle était habillée en civil : son service était terminé. Elle m’a pris la main et m’a dit : « Je sais que ça ne s’est pas passé comme vous le vouliez. » Ça n’a pas eu l’air de beaucoup lui coûter. Elle non plus ne se souvient sûrement plus de moi. Mais son geste, je m’en souviens.




jeudi 14 juillet 2016

Et si j'étais nullipare...?


J’ai lu il y a quelques jours un article qui parle des mères qui regrettent d’avoir eu des enfants. Une scientifique a posé à ces mères la question suivante : « Si vous pouviez revenir en arrière dans le temps, avec la connaissance et l’expérience que vous avez aujourd’hui, seriez-vous une mère ? »

Évidemment, et même si elle terrorise, on ne peut pas s’empêcher de se poser la question. Et certains soirs, après une journée de vacances sous le cagnard à pousser un enfant hurlant sur un toboggan rouillé, suivie d’une soirée à forcer un préado insolent à faire les exercices de son Passeport CM2, quand on se prend les pieds dans un slip sale et une serviette mouillée sur le chemin du lit à 22h32, on se prend à se demander comment on en est arrivée là.
J’ai plutôt tendance à trouver ça assez cool d’avoir fabriqué des êtres humains. Mais ça n’empêche pas de penser à tous les rêves, le fric, les aventures et la peau du ventre lisse auxquels on a dû renoncer…
Je m’imagine dans un film hollywoodien (jouée par Jamie Lee Curtis ou Kate Winslet… Ben oui tant qu’on rêve, faut pas se limiter). Je tomberais sur un biscuit chinois magique, et je verrais à quoi ressemblerait ma vie si je n’avais pas rencontré ce jeune boutonneux à la fête foraine il y a 12 ans… (C’est une longue histoire… mais il est beaucoup plus beau aujourd’hui !)… et si on n’avait pas décidé de fabriquer 3 princesses rebelles d’affilée.
J’imagine même la lettre qu’elle (enfin, moi) pourrait m’écrire pour me raconter sa vie de nullipare de 37 ans… (oui bon, j’ai 37 ans, on n’est pas obligés de le crier sur tous les toits non plus.)

« Salut ma vieille !
Désolée si je t’appelle comme ça, hein, je déconne. Mais bon, faut être honnête, j’ai vu tes photos sur facebook (entre 15 photos de tes filles, évidemment… du coup j’ai arrêté de te suivre, hein, les grandes réflexions philosophiques à 2 balles de morveuses de moins de 8 ans devant lesquelles tout le monde s’extasie, ça a fini par me soûler un brin). Qu’est-ce qui t’est arrivé, ma pauvre ? C’est quoi ces cernes sur toutes les photos ? Et t’as pris combien ? On n’a jamais été minces, mais là, t’as bien pris 15 kilos, non ? Quand ton dernier a plus de 2 ans, on appelle encore ça des kilos de grossesse ? M’en veux pas, il est encore temps de te reprendre, tu sais.
J’ai aussi vu que tu cherchais à acheter un appart ? Ou une maison, peut-être ? Tu rêves d’un petit pavillon avec du géranium aux fenêtres pour passer tes vieux jours ? Je te charrie, je sais bien que tu n’es pas la seule, j’imagine qu’à notre âge, c’est ce qui se fait. Je devrais faire comme toi, d’ailleurs, maman n’arrête pas de me le dire. Histoire de mettre de l’argent de côté. Je sais qu’elle a raison, mais je ne peux pas m’en empêcher, mon argent, je préfère le dépenser. Comme je suis toute seule, je suis plutôt à l’aise financièrement, et je voyage tout le temps.
Comme j’ai pu partir en stage longue durée à l’étranger à la fin de mes études (forcément, toi tu as renoncé, puisque tu venais de rencontrer ton prince charmant…), j’ai rencontré pas mal de gens intéressants, et puis c’est pratique, professionnellement parlant, d’être mobile. Du coup aujourd’hui j’ai un poste à responsabilités plutôt pas mal, je change de pays tous les 3 ou 4 ans, je visite toutes les régions du monde… Tu as dû voir ça sur mon facebook aussi, d’ailleurs, non ? Évidemment j’ai encore beaucoup de rêves à réaliser, mais c’est vrai que quand on est seule et libre c’est plus facile !  J’ai aussi passé mon diplôme pour être prof de yoga, et je fais partie d’une troupe de théâtre. J’en ai besoin pour mon équilibre, vraiment, je ne pourrais pas m’en passer.
Sans compter que je ne sais pas comment tu fais pour te contenter d’un seul homme à vie, mais c’est quand même pas mal de pouvoir varier les plaisirs… Non, faut pas croire, je ne cours pas le guilledou, enfin, plus maintenant. Vers 25 ans je me suis bien amusée, maintenant, ça dépend des rencontres… J’ai eu quelques longues histoires, enfin, quelques mois, une fois plus de deux ans… Mais je n’ai pas envie de me poser, après on est obligés de faire des compromis et je n’ai pas envie de ça.

Il faut quand même que je te dise une chose… Tout ce que je te raconte est vrai, ma vie est plutôt chouette. Mais en réalité, je les aime bien, tes photos. Tes filles sont à croquer. Et si parfois je refuse de les regarder, ce n’est pas parce que j’en ai assez, mais parce que j’ai le cœur qui se serre quand je croise une poussette. Je gagatise devant les bébés, je regarde passer les familles et parfois je me sens seule. Je suis la tata cool avec qui on peut manger du Nutella à la cuillère en regardant des dessins animés après le dîner, mais ça ne suffit pas toujours. J’aimerais bien trouver un homme qui soit là pour m’écouter quand j’ai un coup de blues, aussi. Qui m’apporte du bouillon quand j’ai la grippe. Oui, j’ai des rêves de midinette. Je ne sais toujours pas si j’aurai des enfants un jour, et ça me fait peur. Alors oui, j’aime ma vie, mais la tienne me fait aussi rêver.

Je sais que certains soirs tu rêves de tout plaquer et de partir seule à l’autre bout du monde, cheveux au vent… et je te comprends, vraiment. Mais ces soirs-là, rappelle-toi qu’il y en a plein qui rêvent de ce que tu as…
Des bises,

Toi nullipare. »

Et vous, vous y pensez parfois, à ce qu’aurait été votre vie sans enfants ?

samedi 2 juillet 2016

Exercice de prévention... Un jour ordinaire à l'école en 2016


On avait 8 ans, ou 10, ou 12. On était en classe, en train de rêver, de gribouiller au dos de nos cahiers, d’écrire un petit mot très important pour dire à Stéphanie qu’on voulait bien re-être copines à la récré, ou même de travailler, tiens. Soudain, stridente, elle retentit. L’alarme. Au fond de la classe, le cancre ouvre un œil. Les autres sourient. On va sortir ! Le prof soupire, lève les yeux au ciel. Il a à peu près autant d’enthousiasme que les élèves, tout à l’heure, quand ils sont rentrés dans son cours. 

« Vous vous rangez pour sortir et vous laissez vos sacs ! » On prend quand même son manteau, même si ça fait perdre du temps. 

« On reste calme dans le couloir ! » Le prof crie, s’énerve, houspille les retardataires qui traînent dans les couloirs. On arrive dans la cour, on retrouve les copains des autres classes, au milieu des enseignants qui comptent et recomptent leur troupeau ; des petits malins chuchotent « sept, douze, vingt-deux » pour leur faire perdre le fil. Au bout de quelques minutes, sur un signe de tête du directeur, on retournera en classe, en croisant les doigts pour que l’exercice ait duré assez longtemps et qu’il soit déjà l’heure de la sortie. 

C’est un jeu, un petit moment de liberté. Un rituel annuel, comme le sapin de Noël et la vente des gâteaux.

Je crois qu’on n’a jamais pensé que cela pourrait être vrai, qu’il pourrait y avoir vraiment le feu.
Ou alors, peut-être, aux moments les plus romantiques de l’adolescence, on s’imaginait, seule, enfermée, les camarades en larmes regardant impuissants l’immeuble en flammes, et soudain emportée dans les bras d’un beau pompier valeureux aux allures de Superman.

La semaine dernière, à l’école de ma fille, il y a eu un exercice.
Pas d’incendie, non.
Un exercice de préparation « à une situation où une personne malveillante pourrait s’introduire dans l’établissement. »

En rentrant, elle m’a raconté qu’ils avaient dû se cacher sous les bureaux, puis sortir en silence « par un passage secret ».

Je me suis demandé ce qui avait bien pu me passer par la tête, de faire des enfants à une époque où on craint que des personnes malveillantes s’introduisent dans les écoles. 
Je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer dans le monde, tout court. 
Je me suis demandé si ça l’avait amusé, si elle avait eu peur, si elle y avait cru. 
À quoi elle avait pensé, en boule sous son bureau, attendant les instructions. 
Je me suis demandé à quoi pouvait bien ressembler dans sa tête ce « méchant » dont il fallait se cacher. Un troll ? Un dragon ? Une sorcière ? 
Je me suis rappelé qu’au Nouvel An, en entendant les feux d’artifice, elle m’avait demandé, inquiète : « C’est des terroristes ? » Je me suis demandé si, à 8 ans, je connaissais le mot « terroriste ». 
Je me suis demandé si elle savait que la petite nouvelle de sa classe, celle qui ne parle pas encore très bien français, connaissait bien ce genre de situation, pour de vrai. 
Je me suis demandé si elle avait remarqué que, depuis novembre, les maîtresses fermaient soigneusement à clé le portail d’entrée, qui fait 1m10 de haut, comme pour conjurer le sort. 
Je me suis demandé si elle trouvait tout ça normal.

Et puis elle est partie jouer, et je me suis rappelé qu’elle avait quand même encore beaucoup de chance de pouvoir le faire. Je me suis demandé à quoi ressemblerait le monde quand elle aurait mon âge, et puis je suis allée jouer avec elle.

vendredi 26 juin 2015

Lettre à Hollywood sur Ursula et les pieuvres maigres

Cher Hollywood,
je sais que tu t'en fous, mais je suis comme ça, quand j'ai un truc sur le coeur, il faut que ça sorte. 
Vois-tu, hier, soir, j'étais en train de me livrer à une de mes activités favorites (après le yoga acrobatique et la lecture de précis de philosophie, bien sûr) : je tricotais en regardant une série. Ne me juge pas, j'ai pas des journées faciles.
Je regardais donc Once upon a time. (Il était une fois pour les monolingues) Tu me permettras ici une petite parenthèse, vu que j'ai bien plus de fans que cette série (hum), il faut que je fasse un rapide résumé, histoire que les deux du fond suivent.
Once upon a time, c'est l'histoire d'une bonne femme qui est la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant (qui d'ailleurs n'est pas prince mais est son frère jumeau), qui est la mère d'un garçon dont l'autre mère est la Méchante Sorcière (mais elles ne sont pas lesbiennes) (par contre Mulan oui) et dont l'arrière-grand-père est Peter Pan  et la tante la Méchante Sorcière de l'Ouest (la verte, pas celle de Blanche-Neige, elle c'est sa mère), mais son autre mère est aussi la soeur d'Elsa et de la Reine des Neiges (pas Elsa, une autre). 
Oups, je crois que je vous ai perdus.
Je reprends : Once upon a time, c'est une série qui imagine les aventures de nos jours de personnages de contes et dessins animés, principalement Disney. Voilà, ça devrait être plus clair. 
Dans la dernière saison, 3 méchantes débarquent pour casser les pieds aux gentils, juste parce que c'est leur boulot. (J'ai pas encore vu la fin, mais j'ai comme une intuition que c'est les gentils qui gagnent)
On va donc jouer à un petit jeu : je te montre les 3 méchantes et tu me dis si tu les reconnais, d'accord? 

Méchante n°1 : 
Facile...
Méchante n°2 : 
Facile...
Méchante n°3 : 
Euh... Elliott le dragon?
Je ne vais pas laisser mes pauvres lecteurs perplexes se creuser le crâne plus longtemps : la verte, c'est Ursula. La méchante pieuvre qui veut bouffer la petite sirène, tout ça parce que le roi Triton n'a pas voulu l'emmener au bal quand elle avait 15 ans (interprétation personnelle). Ursula qui, mon petit Hollywood chéri, ressemblait, je te le rappelle, à ça : 

Tout à fait moi quand je sors de la douche
Alors tu me diras, liberté artistique, créativité, tout ça, on lui a quand même laissé ses tentacules on voit bien que c'est une pieuvre, c'est quoi encore ton problème, tout ça. Argument que j'aurais pu entendre si TOUS les autres personnages de la série n'étaient pas des photocopies des personnages de dessins animés qui les ont inspirés. Sauf Hook qui est devenu beau gosse, ok, mais il fallait bien que l'héroïne ait quelque chose à se mettre sous la dent, je peux comprendre.

Alors au début, tu vas rigoler, mon choupinet, j'ai été un peu naïve. J'ai pas bien compris tout de suite. Puis j'ai frotté mes deux neurones l'un contre l'autre et soudain tout est devenu clair. 

Ursula, elle est GROSSE. 

Et tu vas me dire que c'est pas de ta faute, des actrices grosses, ça existe pas! T'as cherché partout, y en a pas une seule!




- Nan, mais tu comprends pas, ça marcherait pas, une grosse, pour jouer les méchantes, tu comprends... Les gens ils ont l'habitude de voir des bombasses, à la télé, faudrait pas les choquer... Et puis l'exemple, pour les enfants! Tu te rends pas compte!

Ça va, ça va, Hollywood, arrête ton baratin, sinon on va pas rester copains. Ne me force pas à te rappeler que la grosse, c'est quand même un peu le dernier être humain dont on peut grassement rigoler à la télé. Il y a des séries que j'adore, mais dont certains détails me restent un peu en travers de la gorge, vois-tu... Par exemple dans Friends, la sublime Courtney Cox, qui n'a jamais pesé plus d'une demi-cacahuète, engoncée dans un fat suit parce que Monica ado obèse qui se goinfre c'est trop rigolo ; dans How I met your mother, Barney au bord de la nausée à la simple pensée de coucher avec une grosse (certes, Barney est officiellement considéré comme un goujat, mais bon...) (et pourtant Barney je t'aime) ; dans The Big Bang Theory, la mère de Wolowitz, que l'on ne voit jamais, mais qui n'est là que pour que les autres personnages (des geeks moches qui finissent tous par se taper des bombes, mais c'est un autre sujet) puissent faire des blagues sur le thème "c'est une baleine". Ouarf ouarf ouarf.

Ce qui me surprend, Hollywood, c'est que tu n'as pas toujours été aussi coincé du fondement. Permets-moi de te rappeler que l'inspiration d'Ursula, au départ, c'est Divine, un travesti décadent un peu plus rock n'roll que ce que tu nous fais depuis.


Alors franchement, si en 1989 tu trouvais ça normal de t'inspirer d'une drag queen obèse dans un dessin animé pour enfants et créer ainsi le personnage le plus fabulous de Disney, qu'est-ce qui t'es arrivé depuis? C'est l'âge?

Et je ne te parle même pas du costume verdâtre qui remplace la combinaison violette de la VRAIE Ursula ; je t'imagine bien "Bon, en plus on va lui changer la couleur de son costume, comme ça ça passe crème, on leur dira qu'on a changé tout le personnage, ils vont même pas calculer le truc".

Demande à n'importe quel enfant de 3 ans de te dessiner une pieuvre, il te fera un rond avec des tentacules, pas un bâton avec des seins... Un peu de réalisme, enfin!

Tu me diras "Nan mais arrête de m'emmerder, je croyais que c'était un blog de maman, ton truc, retourne laver des tétines et laisse-nous bosser tranquilles."

Tu vois, moi je trouve que c'est important, pour mes enfants et les autres, qu'on arrête de leur montrer des mondes où les dragons existent, mais pas les grosses. Et où elles peuvent être drôles, méchantes, ou même amoureuses, va savoir.

mardi 23 juin 2015

Lettre à une jeune femme que je ne connais pas

Je ne connais que ton prénom. Je ne t'ai jamais rencontrée, je ne connais pas ton amoureux non plus. Vous habitez dans une autre région, et il y a peu de chances qu'on se croise un jour. 
Celle que je connais, c'est ta belle-mère. Ce n'est pas une amie, non, c'est quelqu'un que je croise régulièrement... comme une collègue, disons, ou une voisine, une connaissance. 
Cela faisait quelques jours que l'on voyait l'excitation dans ses yeux, qu'elle souriait en permanence. Qu'elle sursautait dès que son téléphone bipait, et qu'elle le consultait sans cesse, en se confondant en excuses. C'était imminent, et c'était la première fois. Elle allait gagner une nouvelle étoile, elle allait devenir grand-mère. 
Et moi, je souriais de sa joie, je me réjouissais de son excitation. Je lui demandais des nouvelles, on discutait prénom. Moi qui adore collectionner les prénoms de bébé comme des fleurs dans un bouquet, j'avais hâte de découvrir celui que tu choisirais. 

Quelques jours plus tard, elle nous a envoyé un message ; on ne la verrait plus pendant quelques jours. L'accouchement s'était mal passé. Quelques termes médicaux, une incertitude. 
Et quelques jours plus tard encore, un autre message. 
Un prénom. Une fleur dans mon bouquet. Mais un prénom qui ne sera jamais marqué sur la porte d'une chambre d'enfant. 

Je ne te connais pas, mais quand j'ai reçu ce message, j'ai serré très fort mon homme dans mes bras, nous sommes allés voir nos enfants dormir, et puis nous avons pleuré. 

Je ne te connais pas mais je pense souvent à toi, et à chaque fois mon ventre se tord. Je pense à ta tristesse, je pense à ma chance, je pense à ma peur. 

Je pense au jour où tu as lu ton test de grossesse. Je pense aux heures que tu as passées sur internet à choisir le meilleur modèle de poussette. Je pense à tous les prénoms entre lesquels tu as hésité, que tu prononçais pour entendre lequel sonnait le mieux. Je pense à sa première tenue, soigneusement pliée sur le haut de la valise de maternité. Je pense à la première fois où tu l'as senti bouger, où tu as appelé ton homme qui s'est précipité et qui lui n'a rien senti, pas tout de suite. Je pense aux derniers jours,  à ces matins où tu te réveillais pleine de ton ventre, de tes courbatures, et où tu te demandais avec un mélange de lassitude et d'excitation si ce serait pour aujourd'hui. Je pense aux voisins que tu croisais et qui te lançaient "Alors, c'est pour bientôt?!" Je pense à ce bébé qui allait bien, et aux quelques centimètres qui le séparaient de nous. Je pense à ces instants que tu te repasses sans cesse, en te demandant comment cela a pu tourner ainsi, qui a fait une erreur, ce qu'il aurait fallu faire. Je pense à votre retour chez vous, seuls. Je pense à toi et je t'imagine regarder les étoiles et y chercher sa place.

Je pense à toi et j'espère que tu verras les étoiles briller.